Récit d’Olivier Trouille, Chargé de programmes
Eya Kossivi habite le village d’Evou Kodégbé, dans la région des Plateaux. A 49 ans, ce togolais regarde sa femme et ses quatre enfants avec une certaine fierté. Paysan par ses origines et ses choix, ce sont la terre et l’élevage qui lui ont permis de vivre au village. Depuis 2005, c’est bien grâce au microcrédit en animaux qu’il s’est offert quelques extras et envisage l’avenir sous de meilleurs auspices.
Avant 2005, il avait démarré l’élevage d’agoutis capturés en brousse puis domestiqués, mais des pertes importantes et des difficultés de commercialisation ont réduit peu à peu ses efforts à néant. Fort de son charisme et d’une volonté de fer, Eya ne s’est pas découragé, les choses allaient s’arranger....C’est alors qu’a eu lieu la prise de contact entre Elevages sans frontières et le village dans le but d’appuyer les initiatives du groupement d’Evou Kodégbé : Les vingt-cinq familles se sont concertées et ont choisi l’élevage de poule, considérant l’atout important que représentaient les nombreux marchés alimentaires alentours.
Chacun des foyers a bénéficié d’une aide à la construction d’un poulailler traditionnel amélioré, de cinq poules, d’un coq et de grain pour alimenter la volaille durant la première saison d’élevage.
Aujourd’hui, la basse-cour d’Eya compte quatre-vingts poules dont la production est vendue principalement durant les fêtes de fin d’année. Il a pu ainsi payer le logement et la scolarisation de ses enfants à Atakpamé, la grande ville voisine, financer les frais médicaux pour sa femme et réparer la toiture de sa maison. En regardant ses poules picorer devant sa maison, Eya m’explique que « l’argent vient de là ! ». Entendez que les poules lui permettent de gagner de l’argent alors que les cultures (manioc, maïs..) lui assurent l’alimentation quotidienne de la famille.
La création récente d’un Groupement de Producteurs de Poules (GPP) l’enthousiasme, car « avec le GPP, je vais gagner plus d’argent grâce à l’assistance vétérinaire ! ». En effet, l’achat en commun des produits vétérinaires permet de baisser le coût parpoule traitée. Cela illustre le vieil adage entendu dans les réunions d’éleveurs d’Evou Kodégbé « l’union fait la force ! ».
Eya pense depuis peu à l’achat d’une voiture pour permettre à son fils aîné d’être taximan dans la région. Il lui faudra vendre beaucoup de poules pour y parvenir, mais là n’est pas l’essentiel : si l’espoir et la motivation sont présents dans ses paroles, c’est que notre producteur présage un avenir vraiment meilleur.
Il s’est acquitté dernièrement du passage du don (PDD) pour une famille du village d’Egbikopé. Concernant le PDD sous forme de formation technique, sa réponse est pleine de lucidité « Je vais être de bon conseil pour démarrer l’élevage et si l’éleveur est bon, il marchera. Les poules et l’école (les formations) sont importantes toutes les deux ! ». Cela résume le double intérêt du concept du « passage du don » : au-delà de la multiplication des animaux au profit d’autres familles, il participe à la diffusion du savoir-faire, essentielle à la réussite des projets d’élevage.