En lisière de la forêt équatoriale du sud du Bénin, la population du petit village de Lon Agonmey se réjouit : les 9 truies et le verrat tant attendus sont enfin arrivés !
Suite à notre première rencontre, il a fallu 18 mois pour mettre en place la structure permettant d’accueillir ce nouvel élevage. Les futurs éleveurs ont suivi plusieurs formations. Le bâtiment en maçonnerie est opérationnel : il comprend des cases individuelles équipées chacune d’une grande baignoire et d’un abreuvoir. Une parcelle de manioc est en culture, permettant de fournir aux cochons un aliment de qualité et peu coûteux.
La demande des villageois étudiée fin 2005 par Elevages sans frontières et son antenne locale réunissait tous les critères de sélection des groupes bénéficiaires : Il s’agissait d’aider une association préexistante et active - le groupement Aïtchédéhou – regroupant des familles nombreuses avec un niveau de vie au dessous du seuil de pauvreté mais une forte motivation.
Sachant que culturellement le transport de l’eau revient aux femmes, assumant cette lourde tâche au moyen de bidons qu’elles portent sur leur tête, je les questionne sur l’approvisionnement prévu pour les cochons. Elles m’accompagne au point d’eau qui n’est situé " qu’à " une centaine de mètres de l’élevage. Quelle n’est pas ma surprise en découvrant une sorte de mare, un trou évasé de 3 mètres de profondeur, au fond duquel stagne une eau plus que boueuse.
Au regard du confort apporté aux animaux, les cochons doivent consommer 3 à 4 fois plus d’eau que les familles ! Nous sommes en plein hivernage, il pleut tous les jours, mais comment évoluera cette situation en saison sèche ? J’apprends lors d’une réunion des partenaires organisée pour la circonstance que certains villages voisins sont équipés d’un puits, la nappe n’étant qu’à 8 mètres sous le niveau du sol. Nous décidons alors de faire creuser un puits au centre du village, équipé d’une margelle aménagée par soucis d’hygiène.
Malgré ma proposition d’avancer les fonds pour le puits, les femmes décident spontanément de le rembourser sous forme de microcrédit, au fur et à mesure des rentrées d’argent que va procurer l’élevage. Après étude, elles décident d’effectuer un remboursement sur 3 années. Ainsi, l’argent nécessaire à l’aménagement du puits de Lon Agonmey pourra bénéficier à une autre communauté, dont les femmes verront à leur tour la rude corvée d’eau nettement allégée.