Une fromagère française au Kosovo
Dans les cantons de Skenderaj, Malisheve et Rahovec, 45 familles ont démarré l’élevage depuis début 2000 grâce à l’action d’Elevages Sans Frontières. La priorité est désormais de développer une activité durable de fromagerie destinée non seulement à l’autoconsommation des familles mais aussi à la vente auprès des habitants, des magasins et restaurants des environs. En mai et juin 2002, Claude Rémond, agricultrice et fromagère dans le Tarn, est partie former les familles d’éleveurs à la fabrication de fromage de chèvre de type crottin.
" J’ai accepté de participer à ce projet car il apporte une solution constructive à long terme à des familles privées de ressources ", explique Claude Rémond. " Cette mission impliquait de consacrer deux séjours d’une semaine pour transmettre un savoir-faire aux familles et les aider à trouver des solutions techniques face aux contraintes locales. Ma première visite début mai a été un véritable choc dont j’ai mis plusieurs semaines à me remettre. Même les descriptions les plus réalistes ne m’avaient pas préparée à une telle découverte. Ces familles rurales vivent dans des conditions comparables à celles que nous connaissions il y a plus de 50 ans. Ce peuple beau et jeune - la moyenne d’âge au Kosovo est de 27 ans - ne demande pourtant qu’à s’en sortir. Nous devons les aider pour qu’ils ne soient pas obligés de quitter leur village. Cette expérience a été très riche sur le plan humain. Le regard des femmes et leur envie d’apprendre, la surprise et le sourire des enfants goûtant du fromage frais laissent des souvenirs émotionnels inoubliables.
La réussite du programme passe par l’implication des femmes qui peuvent s’occuper du troupeau et fabriquer le fromage. Notre présence et nos efforts leur apportent un grand réconfort et les motivent. Les enfants, qui ont un rapport affectif avec les chèvres, participent pleinement à l’élevage. Cette activité rémunératrice représente aussi une chance pour eux d’être scolarisés : les écoles étant souvent éloignées, le revenu dégagé peut permettre aux familles de payer le transport scolaire assuré par des entreprises privées. Les conditions locales difficiles - le climat, le manque d’électricité, les routes impraticables - multiplient les problèmes à résoudre pour développer une activité économique organisée et viable. " Chaque solution apportée soulève une nouvelle difficulté à surmonter. Les premiers résultats sont toutefois encourageants. Lors de la seconde mission, j’ai été surprise de constater que la plupart des familles avaient réussi à fabriquer du fromage malgré les conditions matérielles défavorables. Les progrès permettent d’être plutôt optimistes pour l’avenir. Les engagements ont jusqu’à présent toujours été tenus, que ce soit de la part de l’organisation Elevages Sans Frontières que par les coordinateurs locaux. "